The end

Deux jours plus tard, mon plan s’écroule : Dolorès s’est volatilisée !

C’est sa mère qui est venue pour me signaler sa disparition. Elle est, ensuite, repartie prévenir les gendarmes, me laissant terriblement inquiet. A-t-elle eu un accident en se promenant en montagne ?

Soudain, je réalise qu’il y aura une battue, que Marie-Dolorès n’est pas une Poufiasse dont l’enlèvement est passé inaperçu. Ses parents sont de gros commerçant, les policiers ne resteront pas les bras ballants.

Heureusement, nous avions prévu la chose, plus exactement qu’un jour quelqu’un s’intéresse à notre esclave, se pose des questions sur sa disparition, qu’on commence des recherches. Il y avait peu de chance, mais on y avait réfléchi. Je téléphone à Matthieu que je mets au courant de la situation, inutile d’en parler tout de suite à Clément et à Hubert, ils ne peuvent pas agir pour le moment, ils ne sont pas au village. Nous nous donnons rendez-vous à la cabane. Vite, on sort Poufiasse du cagibi. On lui donne à manger. Elle nous regarde, un peu affolée, se demande ce qu’on va lui faire, surtout qu’elle nous sent inquiets, irrités. Nous la pressons.

– Allez, reprend, Poufiasse ! Elle est pourtant bonne cette pizza.

Elle s’empiffre autant qu’elle peut puisque nous l’exigeons, mais ce n’est pas une grosse mangeuse. Il faut dire que je me suis arrêté à la seule épicerie du village et que j’ai acheté cinq pizzas grand format. On essaie de lui expliquer la situation, qu’on va non seulement l’enfermer, mais aussi l’attacher si bien qu’elle ne pourra plus bouger, qu’on va la bâillonner. Elle va devoir rester longtemps ainsi, sans pouvoir remuer, car on ne doit pas entendre le moindre bruit dans la pièce à côté de son cagibi. On lui dit de ne pas s’en faire, que tôt ou tard, nous reviendrions, que jamais nous ne l’abandonnerons… Au mot abandon, elle arrête de se gaver et se met à pleurer, cette connasse, elle ne comprend vraiment rien à rien. Alors que, justement, nous ne voulons en aucun cas le faire ! Finalement, nous cessons de lui donner des explications. Une bonne torgnole pour la calmer et cela a l’effet escompté : elle bouffe de nouveau, la pizza salée par ses larmes. Enfin, nous l’avons attachée et couchée dans sa cage. On renverse de l’alcool sur elle et un peu partout dans son cagibi. Pour les chiens au cas où le brigadier vient enquêter avec l’un d’entre eux. On verrouille la porte et on pousse une armoire devant. On pose ici ou là des bouteilles vides pour expliquer l’odeur. Le fait d’être chasseur devrait ôter tout soupçon à la police concernant l’état de la masure. Pour deviner la cache, il faut l’œil d’un arpenteur ou connaître les plans de la cabane.

Alors a débuté une longue attente. Un jour, deux… Pas de nouvelle de Marie Dolorès ! Je commençais à être très inquiet. Elle avait vraisemblablement eu un accident. Pourtant, la gendarmerie ne réagissait pas, n’organisait aucune battue. Pourquoi ne m’interrogeait-elle pas ? C’était de notoriété publique que l’on se fréquentait. D’ailleurs sa mère était tout de suite venue me voir. Devrais-je me présenter au poste ? En évitant de le faire, je montrais que j’avais quelque chose à cacher. Devrais-je les inviter à fouiller mon « pavillon de chasse » ?

Au bout de trois jours, j’ai téléphoné à Matthieu pour qu’il aille nourrir Poufiasse. Moi, je craignais trop d’être suivi. J’avais à peine raccroché que la police a sonné chez moi. C’était le brigadier-chef, Nestor Pasini, un copain, un malin. Étais-je sur écoute ? Je n’avais pas parlé explicitement de Poufiasse, mais…

– Je peux entrer ?

Sans attendre ma permission, il était dans la pièce jetant un regard circulaire et soupçonneux dans mon salon. Étais-je un garçon soigneux ? Qui avait des moyens ? Un intellectuel ? Un homme d’action ? Votre lieu de vie dit beaucoup de vous. Je réprimais une grimace. Mon plan ne fonctionnait pas : il y avait une dichotomie entre cette pièce bien rangée et l’état dans laquelle nous avions mis la cabane !

Il m’a très vite évalué. De toute façon, il me connaissait parfaitement. Il m’a demandé si je fréquentais Marie Dolorès, si nous étions amants, si nous nous étions disputés, etc. De question en question, l’interrogatoire a pris une tournure qui ne me plaisait pas. Il me harcelait pour que je lui dise que tout allait mal entre nous deux. Comme je niais, il m’a cité une ou deux personnes qui nous avaient vu nous quereller. C’était vrai, cependant c’était pour des bêtises, rien de grave. En réalité, en récapitulant tous les événements qui avaient précédé la disparition de Dolorès, je me rendais compte à quel point Poufiasse avait envenimé notre relation. Mon amie en avait parlé avec sa mère, lui disant qu’elle était déçue par mes réticences à aller plus loin, qu’elle soupçonnait une autre femme, qu’elle aurait voulu que je le lui dise en face, mais je n’étais qu’un lâche ! Elle était choquée et désespérée par mon attitude.

Je commençais à paniquer. J’étais en train de devenir le suspect numéro 1 au sujet de la disparition de Dolores. Si c’était le cas, la police fouillerait chez moi et dans mon cabanon. Une perquisition pour retrouver le corps d’une jeune personne, pas une simple visite. Ils trouveraient Poufiasse et ce serait notre fin. J’ai eu alors l’idée de demander moi-même d’organiser une battue pour la rechercher. On n’avait que trop attendu ! Il m’a regardé, incrédule.

– Je comprends. Livia ne t’a rien dit, car elle est persuadée que tu sais où est sa fille, que tu communiques avec elle et que tu pourrais entraver mon enquête. Je crois qu’elle a rompu aussi avec toi, mais va convaincre sa mère ! Quand elle veut, celle-là, elle a les portugaises ensablées. Dolorès n’a pas disparu, elle est à Paris, elle a pris le train pour aller à Paris. D’abord un taxi, puis le train à Épinal. Il y a des témoins. C’est dans la capitale que je perds sa trace. Ses parents souhaitaient savoir ce qu’elle était devenue, car elle ne leur a donné aucune nouvelle. Ils sont venus te voir, puis ils m’ont demandé d’enquêter. Pour rien. J’ai interrogé ses anciennes relations, de travail ou plus amicales. Personne n’a plus entendu parler d’elle depuis son burn-out.

Burn-out ?

– Ses collègues ignorent où elle est, ils ont d’ailleurs été surpris d’apprendre qu’elle était rentrée chez elle, elle n’évoquait jamais son village natal. Durant tout ce temps, pas un mot pour dire à l’un d’eux ce qu’elle allait faire. Il semble que ce soit une bosseuse qui ne pensait qu’à sa carrière. Elle était divorcée et ne vivait que pour son métier. Oh, elle avait bien réussi, mais à quel prix ! Elle ne voyait plus ses parents, elle avait peu d’amis, encore moins d’amants. Il y a deux mois, elle a tout arrêté sans donner d’explication. Elle a consulté des médecins et, de psy en psy, elle a fini par revenir ici. Elle t’a rencontré et elle a cru pouvoir repartir à zéro, comme si elle était redevenue l’adolescente qui a quitté ce village, une quinzaine d’années auparavant, et qui avait couché avec toi là-haut dans la montagne avant de se marier.

Notre commune était vraiment toute petite si le chef de la police était au courant de mes amourettes de jeunesse avec ce niveau de détail !

– Ne t’en veux pas si elle s’est sentie rejetée, tu n’es responsable de rien. C’est une fille très instable. Elle a cessé très vite de donner des nouvelles à ses parents sans aucune raison. À son mari, n’en parlons pas, ils avaient divorcé. Pas plus d’explication en revenant au village. Elle n’a bien entendu pas avoué à sa mère ni à son père ses difficultés au travail. Eux l’ont accueillie à bras ouverts après tant d’années de silence. Alors, ils ne sont pas surpris qu’elle disparaisse à nouveau. Ils auraient juste voulu savoir ce qu’elle est devenue. Ils ont peur qu’elle retourne à son mutisme.

Je découvrais une autre Dolorès, une amie qui avait besoin de moi, qui était venue vers moi avec cette question angoissante « m’aimes-tu encore ? » après une vie passée loin de moi et je ne lui avais pas tendu la main, je ne lui avais pas dit avec assez de force ce qu’elle était pour moi. Je m’en mordais les doigts, mais comment la retrouver désormais ? Une bribe de conversation m’est revenue en mémoire. Elle se vantait de sa capacité à savoir fermer les portes.

– Quand je me suis mariée, j’ai cessé toute relation avec mes parents. Bien sûr, pour garder la face, ils donnaient de mes nouvelles, racontaient qu’ils me voyaient régulièrement durant les vacances, mais c’est faux ! J’avais coupé les ponts avec eux, avec mon enfance. Lorsque j’ai divorcé, je n’ai pas seulement tourné le dos à mon époux, souhaité à la fameuse Anita de lui pondre une douzaine de petits, j’ai quitté le pays pour ne jamais y revenir, claquant à jamais cette porte, là aussi ».

Elle avait apparemment à nouveau fermé celle de ces années de job intense. Elle avait un instant ressenti le besoin ou la curiosité de rouvrir une ancienne porte. Sa déception aura été grande et je craignais de ne plus jamais la revoir.

J’ai pleuré. Pourquoi n’avais-je pas glissé mon pied pour bloquer cette porte entrebâillée ? Où était-elle maintenant ? Donnerait-elle un jour de ses nouvelles ? Rien n’était moins sûr.

Ce week-end, j’ai retrouvé mes amis pour fêter mon anniversaire, une petite soirée dans mon pavillon de chasse. Je voulais toujours régler le sort de Poufiasse, lui rendre un avenir, bien qu’elle ait brisé le mien. Hubert, Matthieu, Clément étaient là, venus avant moi pour préparer le festin. C’est moi qui les avais invités, mais ils avaient souhaité tout organiser, me faire une grosse surprise. Ce ne serait rien par rapport à la mienne ! Je leur annoncerais que j’ai trouvé une solution, LA solution, à nos problèmes. Je me tournerais alors vers Poufiasse et je lui mettrais le marché entre les mains. Elle pouvait recouvrer sa liberté et sa dignité d’être humain en épousant l’un d’entre nous. C’est elle qui le désignerait. Nous nous engagerions tous à respecter son choix, à ne pas dire non, et, devenue la femme d’un des nôtres, elle nous serait à jamais chère. Bien sûr, je pensais qu’elle pencherait pour Clément, j’en étais même sûr, mais, depuis le départ de Dolorès, cela n’avait plus d’importance, elle pouvait me désigner , moi. Je trouvais, dès lors, que de pouvoir, elle-même, choisir son époux était essentiel pour débuter sa nouvelle vie, redevenir un être humain.

Il faisait beau ce soir-là et ce serait donc un barbecue. Ils avaient dressé la table à l’extérieur et semblaient heureux. La disparition de Dolorès n’avait été pour eux qu’une chaude alerte et ils comptaient bien reprendre leur existence telle qu’ils l’avaient laissée. Poufiasse faisait le service, nue, des fers aux pieds et aux mains, un collier de chien autour du cou, plutôt habile malgré ses entraves. Sa soumission, son regard craintif, cette façon qu’elle avait d’essayer de prévenir nos moindres désirs pour ne pas être punie m’a troublé. Un dernier coup avant de la libérer ? Je décidais de retarder mon annonce et de profiter d’elle, non pas de son corps, mais de cette toute-puissance que nous avions sur elle et qui sublimait l’acte lui-même. Je l’aurais bien prise comme apéritif, mais les copains m’en ont empêché. Les grillades n’attendent pas.

À la fin du repas, on nous a demandé, à moi et à Poufiasse, d’aller chercher quatre bouteilles de champagne, une par personne – notre esclave n’a pas le droit de boire – pendant qu’ils garniraient le gâteau de bougies. Une fois à l’intérieur de la cabane, voici que cette pouf se colle à moi, me passe ses bras autour du cou et m’ordonne « Embrasse-moi ». Je me suis dégagé et je l’ai giflée de toutes mes forces. Aussitôt elle s’est mise en position de soumission totale, accroupie, cuisses écartées, mains sur la nuque, tête basse. Les joues en feu et des larmes silencieuses en sus.

– Pardon, Monsieur, pardon.

– Qu’est-ce qui te prend, Poufiasse ? Tu me donnes des ordres maintenant.

– Pardon, Monsieur. Je voulais, moi aussi, vous faire un cadeau, mais je ne possède rien, alors je souhaitais vous offrir un vrai baiser d’amour.

C’était touchant ! Je l’excusais volontiers, d’autant que de l’avoir frappée m’avait soulagé, me libérant de toute l’angoisse qu’avait provoquée le départ de Dolorès.

– Allez, viens me donner ton présent, dis-je en souriant, conciliant.

Elle s’est levée et m’a embrassé, tendrement, timidement, glissant sa langue dans ma bouche. C’était mignon. Un peu raté, question passion, car elle avait gardé ses mains sur sa nuque et les yeux baissés.

– Ne videz pas tout le champagne. On en veut aussi.

Les autres s’impatientaient. Je n’ai pas eu le temps de lui apprendre ce qu’est un vrai baiser. Nous avons ramassé les bouteilles. J’en ai pris cinq. Renonçant à la sauter une dernière fois, je décidais de faire mon annonce aux copains. Nous allions boire aux futurs mariés. Nous sommes sortis et là, j’ai compris que Poufiasse n’avait agi que sur ordre, pour me distraire, pour me retenir pendant que mes amis préparaient leur surprise. Mon gâteau, mes bougies m’attendaient ainsi que mon cadeau.

Les bras écartés, maintenus au niveau des poignets, des coudes et des épaules à une barre de fer, elle était suspendue dans les airs, les jambes relevées, attachées par les chevilles à l’arrière du même axe, près de la tête comme deux grandes oreilles. Pour équilibrer cette position, ses fesses pointaient vers l’avant. Livrée de la sorte, ligotée, nue, Dolorès m’offrait tout ce qui définit sexuellement une femme ; son petit cul, son con épilé (je ne l’avais jamais vu ainsi : c’était adorable de finesse), son ventre musclé, ses seins fermes, son doux visage, sa bouche entrouverte. Qu’elle était belle ! Mais comment ne pas être révolté par la douleur qui déformait sa voix, ses traits, douleur due à la manière dont on l’avait exhibée ?

– Maître, Maître, suppliait-elle, baise-moi. S’il te plaît, baise-moi !

Combien de séances avait-il fallu à mes « amis » pour obtenir d’elle cette abjection ? Je devinais sur la peau quelques zébrures. Pour nous faire obéir par Poufiasse, le taser était le plus efficace et ne laissait aucune marque. Si nous utilisions un autre moyen, c’était pour pouvoir discerner sur elle ces marques de notre toute-puissance et, surtout, qu’elle puisse le lire aussi.

Hubert, Matthieu et Clément avaient basculé dans l’innommable. Nous sommes devenus si proches – pire, il voit en moi leur chef, leur leader, leur gourou et sont prêts à tout pour me faire plaisir – alors, comme elle se refusait à moi, qu’elle ne me trouvait pas à sa hauteur, à son goût, ils se sont sentis eux-mêmes humiliés. Ils l’étaient déjà, enfants, quand elle les snobait pour ne fréquenter que moi. Lorsqu’ils ont appris qu’elle s’en allait, qu’elle quittait ses parents, qu’elle me laissait sans regret, ils l’ont enlevée.

Et me l’ont offerte en cadeau d’anniversaire.

Telle une Poufiasse, ignorant tout ce qu’elle était pour moi. Enfin, quand je dis « offerte »… Je les regarde. Ils sont là, nous observant, délaissant notre esclave, guettant leur tour. Ce sont des loups attendant que le chef de meute ait fini avant de se lancer dans la curée.

Que faire ?

Crier « Stop ! It’s over. On arrête tout. On libère les filles ». Ils ne l’accepteront pas ! Je suis leur leader pour le moment, mais je suis comme ce roi qui commande aux étoiles dans le Petit Prince. Je dirige… tant que mes ordres sont raisonnables, c’est-à-dire leur conviennent. Oseront-ils s’attaquer à moi ? Iront-ils jusqu’à m’assassiner puisque je suis désormais contre eux ? Sans doute.

Bien sûr, on pourrait demander à Dolorès de se joindre à nous, de devenir, à son tour, une tortionnaire. Peut-être acceptera-t-elle, mais comment être sûr que, sitôt libérée, elle tiendra sa parole ? En fait, je suis convaincu du contraire : ma Dolorès n’est pas un bourreau. Le pire, c’est que je suis certain que les autres partagent cette certitude et qu’ils rejetteront cette solution.

Ces pensées tourbillonnent dans ma tête, me remplissent de désespoir. Ce soir, Dolorès sera mon esclave, notre esclave en réalité, que je sois d’accord ou pas. Si je veux pouvoir la délivrer en allant nous dénoncer le lendemain, il faudra me montrer particulièrement odieux, dominateur, violent ; personne ne doit me soupçonner.

Poufiasse s’est glissée contre moi. Habilement, malgré ses chaînes, d’une main experte, elle déboutonne ma chemise, défait ma ceinture. Elle libère mon sexe, se colle contre mon dos et m’embrasse dans le cou pour m’encourager tandis que mes copains sifflent devant mon érection, car mon corps, ce salopard, me trahit, réclame sa part, ne voyant qu’une chair désirée ma vie durant et offerte si totalement.

– Baise-moi, baise-moi, me supplie Dolorès et j’essaie de n’entendre ces paroles qu’au premier degré.

Poufiasse, pour faire tomber mon froc à terre, s’est agenouillé. Pour m’exciter, elle bécote mes fesses, me titille l’anus de sa langue. Je m’avance pour fuir ses caresses et je me retrouve nu, face à la femme de mes rêves, qui se donne à moi dans une position de cauchemar. Timidement, je passe ma main sur sa vulve, je cajole son petit derrière. Prenant son cul à deux mains, j’essaie de soulager ses bras du poids de son corps. Je voudrais tant lui dire que je suis désolé, que je ne suis responsable de rien, que tout m’a échappé et que je suis à ses côtés, même si c’est moi son bourreau. Je m’agenouille. Profitant qu’elle écarte ses jambes, ma tête entre ses cuisses, je la gamahuche. Elle gémit. L’excitation se mêle à la gêne suscitée par sa position. Elle ne pourra éviter son triste sort : être violée par chacun de nous, mais, étant le premier, je peux au moins le faire en lui donnant du plaisir, un orgasme qui lui permettra d’accepter le reste, de supporter le reste jusqu’à ce que je nous dénonce.

Je me redresse et je la fourre, en maintenant ses fesses à pleines mains pour la soulager de son poids. Délice ! Elle est toute mouillée et je la pénètre sans difficulté. Je m’enfonce en elle en cherchant à aller le plus loin possible, puis je me retire et j’y retourne. Les pointes de ses seins se dressent. Je les mordille tout en continuant à la besogner. Ce dont j’ai toujours rêvé est devenu réalité.

– Oh, Maître, c’est si bon !

Son langage m’énerve. Je ne veux pas d’un jeu de soumission, d’une jouissance surjouée. Pour cela, il y a Poufiasse. Je la viole et je désire qu’elle en tire du plaisir. Je l’embrasse pour la faire taire, sans m’arrêter pour autant. Elle me rend ce baiser avec fougue. Nous approchons l’un et l’autre d’un orgasme comme jamais nous n’en avons connu. Quand j’écarte mes lèvres des siennes pour respirer afin de mieux la pénétrer, elle murmure tout bas pour n’être entendue que de moi.

– Finis-moi vite ! J’ai mal.

Écœuré, je me retire d’elle. Je débande. Quelle insanité ! Elle souffre et je croyais lui donner du plaisir ; elle souffre et j’allais prendre du plaisir ! Il faut que je la délivre. Mais comment le faire alors que les autres sont là, attendant leur tour ?

– Détachez-la. Je veux que cette salope me suce !

Aussitôt, ils s’exécutent. Le ton leur plaît. La voir à mes genoux, humiliée, gobant mon sexe, leur fait oublier qu’on l’a sortie d’une position bien plus dégradante et surtout si douloureuse. Hélas ! Dolorès est tombée de Charybde en Scylla. Bien sûr, ils l’ont forcée à s’agenouiller devant moi, bien sûr, ils l’ont menottée avec des fers en métal qui blessent et non pas ceux recouverts de velours, bien sûr, ils ont noué ses coudes dans son dos avec une lanière afin de l’obliger à bomber le torse, à mettre en valeur sa poitrine, lui tordant les épaules, mais avaient-ils besoin de pousser au maximum cet écarteur de bouche utilisé pour qu’elle ne puisse s’opposer à une fellation, cet anneau-bâillon bien trop grand que nous n’employions plus sur Poufiasse, sinon pour la punir, quand, sous la violence de notre désir, par simple réflexe, elle refoulait notre bite ?

Dolorès, subissant ce supplice pour la première fois, a les larmes aux yeux, mais est bien incapable de se plaindre. Je n’ai pas d’autre choix que de « l’emboucher » (l’embrocher par la bouche). Tenant solidement sa tête, je vais et je viens. C’est chaud, doux, humide comme un vrai sexe, mais en plus large, plus humiliant pour elle, car elle ne prend aucun plaisir. Je cogne contre le fond de sa gorge. De rage contre mon impuissance à la soulager. Elle en a des nausées, ma bite enfle.

Au bout de ma colère, une idée !

Je me retire de sa bouche. Je défais son anneau-bâillon, elle peut enfin tousser, cracher, baver, respirer. Je crie :

– Poufiasse, allonge-toi par terre sur le dos. Redresse et écarte tes jambes.

Mon ton est si sauvage qu’en un clin d’œil, notre esclave est en position, les autres me regardent, curieux, effarés par la grosseur de mon organe. J’ai l’air possédé par le désir. Je leur lance dans un rire :

– J’ai toujours rêvé de voir deux belles gonzesses se gnougnougnafier[1]. Pas vous ?

Alors, tirant Dolorès par les cheveux, j’écrase son visage sur le con de Poufiasse. Affolée par mon énervement, elle se met aussitôt au travail avec sa langue. Bientôt, l’autre gémit, écarte encore plus ses jambes, guide la tête de ses mains enchaînées. Nous rions. Visiblement, ce n’est pas la première fois !

Sans être homophobe, le spectacle de deux hommes nous horripile, mais on doit reconnaître que, pour de vrais mecs, le saphisme est un divertissement plaisant et deux nanas qui s’envoient en l’air a le don de nous exciter. Surtout que, tandis qu’elle lèche avec vigueur, Dolorès frétille du cul devant moi. Ma verge est en feu. Je m’enfonce en elle. La voilà qui se multiplie, pénétrant le sexe de Poufiasse avec sa langue, titillant son clitoris, remuant son derrière pour mieux jouir de moi.

Je me retire d’elle quand elle a un orgasme. Poufiasse crie pour elle. Elles ont eu leur plaisir, à moi d’avoir le mien ! Je lorgne son trou de cul. Ma bite énorme, gonflée, s’y enfonce. Enfin… tente de le faire. Dolorès se crispe. Tous ses muscles luttent contre cette violation, ce qui n’a d’effet que de m’exciter encore plus. Je force. Elle se défend, la garce ! Je progresse avec peine. Elle en oublie Poufiasse.

– Arrête, tu me fais mal !

Je me retire. On ne me donne pas d’ordre. Pas ici en tout cas. Je tends la main à Hubert qui, immédiatement, me prête son fouet électrique. Je pose la pointe contre la fesse droite. Dolorès ne peut deviner par ce simple contact ce qui l’attend. Elle continue de me supplier de cesser, de revenir vers sa vulve.

– Pas comme cela. S’il te plaît. Je ne l’ai jamais subi.

J’appuie sur le bouton. Elle hurle.

– Une autre, salope ?

– Pitié, Maître ! Pitié.

– Qu’est-ce qu’on dit ?

Je repose la pointe de mon taser sur sa fesse droite. Elle se tait, elle pleure. Poufiasse s’est redressée. Elle est maintenant assise, la tête de Dolorès contre son bas-ventre. Elle la caresse de ses mains entravées avec douceur, tendresse. Elle m’observe, pleine de reproches, d’impuissance, de colère mêlée de prières muettes. Elle ne dit mot, elle sait que c’est inutile. Pire, ses supplications n’auront d’autres effets que des supplices plus douloureux. Mais elle me regarde, elle m’adjure d’arrêter. Ses yeux d’un bleu aqueux sont terribles. Ils sont tout à la fois implorants et haineux, ils font appel à tout ce qu’il me reste de compassion, ils me disent que c’est un être de chair, que c’est une femme, que c’est ma Dolorès, qu’elle souffre et, en même temps, ils me condamnent à la damnation éternelle, me crient que je suis un monstre, un bourreau. J’ai du mal à affronter ce regard si dur, si humain, je baisse le mien vers le cul de Dolorès, sa peau si douce contre le froid des dents du taser, ces fesses rebondies, cette peau délicieusement dorée. Si ce n’est moi, ce sera Matthieu, mais elle y passera ! J’appuie sur le bouton comme s’il allait déclencher le feu nucléaire. Elle hurle, elle a enfin compris.

– Encule-moi, Maître. Pitié, Maître, mets-la-moi bien profonde !

Devant son insistance, je pose la cravache électronique dans la paume d’une de ses mains menottées et tremblantes. Je lui défonce le cul. Elle se laisse faire, gémit, approuve, encourage.

– Plus fort, Maître, plus au fond.

Son corps lui-même a cessé de se défendre et c’est avec délice que je m’enfonce en elle. Elle-même sent le plaisir monter en elle, elle se fait ordurière, me crie des insanités, mais prend soin de les accompagner d’un « Maître » respectueux, Poufiasse caresse ses beaux cheveux et lui offre l’odeur de son sexe.

Maintenant, je suis en elle et elle a son premier orgasme anal. Je continue à aller et venir. C’est un délice. Montant de son cul, des vagues de jouissances s’abattent sur moi. L’un d’eux va m’emporter. Tout me revient en mémoire, tout se mélange, la première fois qu’elle m’a prise dans ses bras, le premier baiser, le premier attouchement, sa main qui masturbe ma verge, son corps qui se dénude, son vagin chaud et humide. Je relève la tête, je défie Poufiasse, je la regarde, mes yeux bruns plongeant dans ses yeux bleus. J’éjacule enfin. J’entends Dolorès crier simultanément. L’univers s’en mêle. Tout explose, la lune, les étoiles. Le ciel est éblouissant. La foudre. Tout est noir.

Mes amis m’ont vu m’effondrer sur ma victime. Ils se précipitent sur moi. Clément pose deux doigts sur ma gorge, tâte à la recherche de l’artère carotidienne, comme on le fait dans les films, ne trouve pas le pouls, s’affole. Matthieu, à son tour, intervient et confirme :

– Il est mort.

Comme le cardinal Daniélou[2]. Mais mes copains n’ont le cœur ni à rire ni à pleurer. Ils sont dans la merde ! C’est Hubert qui prend les commandes, essaie de définir un plan. D’abord et avant tout, me ramener chez moi. Une crise cardiaque durant le sommeil, cela peut arriver à n’importe qui. Clément conteste. Ce n’est pas si simple, une autopsie – et il y aura autopsie – révèlera que j’ai eu un rapport sexuel… « Il suffit de le laver ! – Mais cela laisse des traces internes. – Bon, mais en quoi cela pose-t-il problème qu’il ait couché avant ou pas ? – Tu ne comprends donc rien à rien : ils vont chercher la femme. On est ses amis, ils nous interrogeront. Ils fouilleront sa maison, ce chalet… »

Un bruit étrange les dérange dans leur réflexion, leur panique. Un ronronnement. Un chat ? Des promeneurs avec un chat ? Ils regardent autour d’eux, tentent de percer la nuit. Le bourdonnement enfle. Ils découvrent enfin la source du son. C’est moi. Ils me fixent, éberlués. Oui, c’est bien moi. Je ronfle. Personne ne le sait, pas même moi, puisque je suis célibataire ! Épuisement après tous ces jours si chargés émotionnellement ? AVC avec ou sans conséquence ? Peu importe, je suis vivant, je dors du sommeil du juste.

L’angoisse s’est muée en hilarité. Les gorges sèches sont arrosées de champagne. On laisse Dolorès sous moi pour ne pas me réveiller et on dégage Poufiasse. Tant pis, pour ce soir encore, ce sera elle la vedette. Écrasée par mon corps, protégée par mon corps, Dolorès contemple le spectacle et écoute les ahanements des trois garçons et les gémissements de la pauvre fille,

Quand j’ai ouvert les yeux, elle pleurait toujours silencieusement. Les autres avaient été vaincus par l’alcool – quelques bouteilles de gros rouge et une de mirabelle en sus des mousseux – et le sexe. Ils dormaient. J’ai posé ma main sur la bouche de Dolorès et je l’ai sentie se raidir contre moi. J’ai murmuré :

– Pas de bruit. On va rejoindre la voiture. Je vais t’aider.

On s’est levé. J’ai détaché le lacet qui reliait ses coudes et j’ai ressenti le bien que cela lui faisait de ne plus avoir à pointer sa poitrine en avant. Je lui ai massé les épaules avec douceur pour détendre ses muscles. Je n’ai pas trouvé les clés des menottes ni ses habits, pas même des chaussures. J’ai ôté ma chemise et je l’ai posée sur elle. Je ne voulais pas qu’elle soit nue, mais, ainsi, vêtue avec cette tunique trop courte, elle était plus que troublante, plus qu’attirante, elle était – je ne vois pas d’autre mot malgré le côté dramatique de la situation – sexy.

J’ai jeté un œil sur Poufiasse. J’aurais souhaité l’aider à fuir avec nous, qu’elle regagne par cet acte un peu de dignité, mais elle était menottée au barbecue, ultime précaution de mes amis avant de s’endormir. Dolorès, étant sous moi, ne pouvait rien tenter sans me réveiller et elle était attachée, aussi l’ont-ils laissée tranquille. L’idée folle de tirer notre esclave de son sommeil d’ivrogne en la secouant pour qu’elle nous voie nous en aller, pour lire dans ses yeux l’espoir, pour retrouver ce regard si humain qu’elle m’avait lancé pour m’empêcher de torturer mon amour a traversé mon esprit. J’ai dû y renoncer : trop dangereux. Décidément, je ne garderais de Poufiasse que l’image de ce corps assoupi, hébété d’alcool et de sexe, taché de spermes, un peu de bave ou de foutre coulant des lèvres, offert dans une position indécente. Un animal brisé, dompté, avili, heureux.

Lorsque nous sommes arrivés à ma voiture, j’ai aidé Dolorès à s’asseoir, je lui ai mis sa ceinture de sécurité et j’ai murmuré en souriant

– Désolé. Je dois t’attacher. C’est la dernière fois.

Enivré par mon humour, j’ai tenté de poser mes lèvres sur les siennes. Elle a détourné la tête. Je n’ai pas insisté. On est parti. Une fois chez elle, entre les mains de ses parents, tandis que son père cherchait un outil pour la délivrer, je téléphonais aux gendarmes.

Pour elle, les ennuis étaient finis, pour moi, ils commençaient.

[1] Le terme n’existe pas en français. Il a été inventé par Jacques Brel dans À jeun « Ah ça !! Il me reste deux solutions. / Ou bien frapper André / Ou bien gnougnougnafier la femme d’André / Sur son balcon. / Ou bien rester chez moi ». On peut donc tout imaginer !

[2] Le 20 mai 1974, le cardinal Jean Daniélou mourait d’un arrêt cardiaque dans l’appartement d’une prostituée à Paris.